Opinion

Benoît XVI nous a quittés

Bras droit de saint Jean Paul II, Joseph Ratzinger était présenté dans les médias comme « Panzerkardinal ». Un terme plutôt caricatural pour désigner sans délicatesse et ses origines allemandes et la charge qu’il exerçait comme Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

Il est de tradition qu’à la disparition d’un personnage connu on dresse de lui un portrait qui sans prétendre à l’exactitude le définisse devant l’histoire. Quelle image le monde contemporain gardera-t-il de Benoît XVI ?

La richesse de la personnalité de Joseph Ratzinger qui s’est prolongée pendant les années du pontificat de Benoît XVI n’échappe à personne, quelles que soient ses convictions. Les visages qui se présentent à nous après sa disparition sont multiples : intellectuel, penseur, théologien, pasteur, musicien… Autant de visages qui sont le reflet avant tout d’un homme qui nous impressionne par l’étendue de ses connaissances et la profondeur de sa réflexion qui s’est traduite par de nombreuses publications avant et pendant son pontificat.

Mais, au risque de la réitération, ce sont les visages d’un homme que nous avons suivi, peut-être accompagné par la prière, pendant les dernières années et notamment après qu’il eut renoncé à la charge, devenue trop lourde pour ses épaules, de successeur de Pierre.

Un homme d’une stature peu commune et d’une simplicité qu’ont confirmées tous ceux qui ont travaillé à ses côtés ou qui l’ont rencontré : des ecclésiastiques, dont plusieurs papes, des hommes politiques, des intellectuels, des artistes…

« Le choix de Joseph Ratzinger comme pontife suprême s’explique par des considérations qui tiennent aussi bien à sa personnalité qu’à l’ampleur des défis auxquels est exposée l’Église catholique. Ainsi, on s’est refusé à souscrire aux jugements sommaires qui tendaient à le présenter comme un Bavarois obtus, un grand inquisiteur, un prince de l’Église attaché à ses privilèges, un nostalgique de l’Église préconciliaire et un théologien réactionnaire. En revanche, on a été sensible à ses qualités humaines et intellectuelles : une vaste culture philosophique et littéraire, des connaissances encyclopédiques en théologie, sa maîtrise des langues étrangères, la clarté de son propos et son sens des nuances dans l’exposé de la doctrine chrétienne. » Ainsi le définit Jean Klein en 2007 dans les premières années de son pontificat.

Lors de sa renonciation en 2013, le monde a été, le mot est faible, surpris. Et on pouvait lire sous la plume de Solange Bied-Charreton, dans le Monde du 2 mars 2013 sous le titre provocateur « Je veux un pape ringard », un article dont le seul titre disait tout ce que les médias pensaient de Benoît XVI.

Alors, pour revenir au bilan de Joseph Ratzinger-Benoît XVI Pape émérite, que gardera le monde contemporain de celui qui vient de nous quitter après plusieurs années dans la solitude où il avait voulu se retirer au Vatican pour prier ?

J’aurais répondu à S. Bied-Charreton qui appelait de ses vœux « un pape ringard » pour lui succéder alors qu’elle écrivait en 2013 l’article sus-cité : « Dans la joie ou dans la tristesse, tous l’ont bel et bien enterré. Et pourtant Joseph Ratzinger respire encore ! » J’aurais répondu dans un langage peut-être à la hauteur de sa provocation, et sans irrespect, mais au contraire pour exprimer combien je suis reconnaissant à Benoît XVI d’avoir incarné ce que nous attendons tous d’un pape moderne et qu’il a été pour le plus grand bien de l’Église : « Je veux… 

  • « Un pape Fashion » : pas au sens habituel du terme, question style vestimentaire, mais un pape qui tient sa place dans le paysage médiatique autrement que comme une icône de magazine people, parce qu’il a des choses vraies et vitales à nous dire sur la foi et sur la morale.
  • « Un pape qui sorte des clous de temps en temps » : non par souci d’originalité et de ne pas faire comme tout le monde, mais parce qu’il est le représentant institué de celui au sujet duquel il avait été prédit à sa mère qu’il serait « un signe de contradiction » : le Christ.
  • « Un pape hors-piste » : non pas parce qu’il déraille ou qu’il dérape, mais parce qu’il a le devoir de ne pas suivre le consensus mou de l’évolution naturelle en pente descendante vertigineuse de la société en manque de repères.
  • « Un pape « Rallye-Dakar » » : qui n’a pas peur de l’aventure, sans courir l’aventure pour l’épate, parce qu’il sait bien que sa fonction est de marcher en tête, en tenant bien en main la Croix qu’il reçoit en héritage de son maître, comme l’insigne de sa charge et obéissant au mandat de la porter pour le suivre.
  • « Un pape version tempête apaisée plutôt que radeau de la Méduse » : parce qu’il est à la barre de la barque de Pierre et qu’il a pour mission d’aller au large, malgré les tempêtes.
  • « Un pape « Vendée-Globe » » : qui ne craint pas d’affronter les 40° rugissants qui se déchaînent chaque fois qu’il prononce une parole qui va à contre-courant du tout-prêt-à-penser dans les domaines tellement sensibles de la foi et de la morale.
  • « Un pape qui siffle la fin de la récré » : maintenant tout le monde rentre à la maison et plus question de réinventer et de faire des expériences pour voir si ça marche mieux sous prétexte que les méthodes d’avant c’est plus « fashionable ».
  • « Pas un pape « pot-de-fleurs-parce-que-c’est-décoratif » » : un pape qu’on invite pour les grandes occasions parce que ça fait bien sur la photo dans les archives historiques.
  • « Pas un pape langue de bois » : un pape qui parle haut et fort, qui nous fixe des exigences et des objectifs élevés à la mesure de la mission qui a été celle de l’Église de toujours, depuis le premier jour, avec les premiers chrétiens dont beaucoup furent des martyrs, et jusqu’à aujourd’hui.
  • « Pas un pape G.O. » : qui fait « gouzi-gouzi » pour ne déplaire à personne.
  • « Pas un pape qu’on laisse jouer au pape » : parce que c’est une figure incontournable et qu’on ne peut plus s’en passer même si on ne l’écoute plus.

Nous voulons un pape qui marche devant nous, un pape qui prie, un pape qui nous ouvre le chemin, un pape qui n’a pas peur d’aller à rebours des modes qui passent, parce que c’est la mission que lui a confiée Jésus-Christ : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église ».

Une immense reconnaissance à Benoît XVI qui a été le pont dont l’Église avait besoin pour prendre le bâton de relais qu’avait laissé Jean Paul II et le transmettre à son successeur, le pape François.

Pierre-Marie Girardot
Dimanche 1er janvier 2023

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